Personne ne connaît son nom: Klatsassin et la guerre de Chilcotin
   
 

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Document traduit

« L’expédition chilcotine »

Journal d’un volontaire

Daily British Colonist, 14 octobre 1864

Cette regrettable et coûteuse expédition, qui s’est éternisée tout au long de l’été, est enfin terminée et il apparaît jusqu’à présent qu’elle n’a apporté aucun résultat. Notre confrère de New Westminster résume brièvement les fruits de cette entreprise comme suit : « Bien que tous regrettent la pauvreté des résultats concrets d’une entreprise dont les coûts ont largement dépassé les 100 000 $, il n’en demeure pas moins que tous sont reconnaissants du fait qu’il n’y a eu aucune perte de vie. » Toute cette affaire a été très mal gérée; seul un petit nombre de meurtriers indiens et leurs complices ont été capturés et il semble que la majorité de ceux-ci échapperont à leur juste châtiment; de plus, l’expédition n’aura probablement pour tout résultat que d’augmenter le sentiment d’hostilité parmi les tribus de l’intérieur et leurs alliés de la côte, incluant une bonne dose de mépris face à l’incapacité des Blancs d’exercer des représailles pour les affronts commis par leurs compatriotes.

Nous avons eu la chance de pouvoir faire la lecture d’un volumineux journal tenu par un des volontaires du groupe de M. Brew pendant l’expédition et dont nous avons extrait l’information suivante concernant la manière dont a été gérée cette affaire, les incidents déplorés, la nature du territoire et l’échec final de cette entreprise :

Le départ du groupe de M. Brew et de ses vingt-huit volontaires ainsi que leur arrivée à l’embouchure de Bentinck Arm ont déjà été racontés dans le détail dans nos rubriques. Les premiers jours ont été principalement consacrés à l’organisation efficace du convoi, qui comprenait de nombreux cayooshes (chevaux), sauvages, à moitié dressés, indociles, ce qui s’est avéré une tâche assez difficile; à la quatrième ou la cinquième journée, toute la cavalcade s’est emportée, résultant en ce que le journal décrit de façon humoristique comme « une charge de taureau à petite échelle : des bâts ici, des cordes là, de la farine, des couvertures, du lard, des fèves, des seaux et une masse hétérogène d’itkas(de matériel) éparpillé le long du sentier dans une remarquable confusion » tout cela causé, tel que le fait remarquer l’auteur de façon pittoresque, parce qu’on est « parti avant d’être prêts et arrêté avant qu’on le veuille ». Les chevaux de bâts, au lieu de porter 150 lb, étaient chargés de 200 à 300 lb et, conséquemment, tentaient parfois par tous les moyens d’alléger leur mécontentement ainsi que leur charge en se couchant et en ruant jusqu’à ce que « vole de toute part » tout ce qu’ils avaient sur le dos. À peu près au même moment, quelques Indiens ont été vus sur la rive opposée et auraient été identifiés comme des Chilcotins, ce qui a causé un grand émoi parmi les volontaires qui se suivaient à la file le long d’un sentier étroit et sinueux. Un des braves hommes qui était à l’arrière de la file, sans doute impatient d’avoir maille avec les peaux rouges, s’est précipité avec son fusil armé – un Lancaster du gouvernement – et alors une petite branche s’est coincée dans la gâchette, le coup est parti et la balle, après avoir fracassé le poignet de l’homme qui le précédait est passée en sifflant près d’une vingtaine dont certains ont bien failli se faire tuer. Ce fut la première et la seule blessure subie par cette portion de l’expédition. Lorsqu’ils ont été approchés, les Indiens ont été reconnus comme étant des Ansinies, la tribu qui a tué le malheureux Robert McLeod l’hiver dernier. Il y avait là une bonne occasion de se faire livrer les meurtriers, mais l’affaire n’a même pas été mentionnée. Le 28 juin, le groupe est arrivé au bas de la grande coulisse, qui a été décrite comme une barrière insurmontable sur la route vers Bentinck Arm. Le journal décrit brièvement le sentier comme étant escarpé, accidenté, couvert de roches cassées, ce qui s’est avéré un considérable [sept mots illisibles] pour les chevaux, mais qui n’aurait posé aucun problème grave à des mulets. À ce moment, il s’est produit un incident assez surprenant qui a probablement donné naissance à la rumeur qui est arrivée à Victoria peu de temps après selon laquelle les membres de l’expédition avaient été attaqués à la grande coulisse et jetés par-dessus la falaise. Alors que les porteurs s’acheminaient péniblement vers le haut de la falaise, ils ont été surpris par l’apparence soudaine d’un robuste sauvage, peint et empanaché, qui, bondissant de derrière un bosquet, s’est mis à crier avec férocité Kar mika chako! (D’où venez-vous?) Après leur avoir lancé un regard menaçant pour quelques secondes, le « brave » s’est caché derrière les buissons au grand soulagement des porteurs. La même esquive a été tentée par un Siwash sur le lieutenant Stewart du HSM Sutlej qui était à quelque distance derrière le convoi, mais le galant officier a immédiatement pointé son revolver sur lui, l’a fait prisonnier et l’a conduit aux quartiers généraux. L’Indien a dit être le frère du chef Anaheim et a été reconnu comme faisant partie du groupe qui a demandé de la poudre au magasin d’Ellis à Bella Coola. Après questionnement, cet Indien a déclaré qu’il y avait trois tribus impliquées dans l’attaque du convoi de McDonald; le groupe de guerriers comptait vingt membres et de nombreux autres étaient cachés dans les buissons autour de l’endroit pour voir les « braves » tuer les Blancs. Le butin a été réparti entre les trois tribus. Après une série de mésaventures encourues en traversant des torrents et des ponts en mauvais état et en escaladant des sentiers escarpés et rocailleux qui ont causé de tels dommages au convoi – si mal préparé que notre journaliste, un homme de bois expérimenté, s’est permis cette remarque amère selon laquelle « toute cette affaire a été bousillée dès le début par manque de leadership » – l’expédition a dépassé le lac Nacoontloon et est arrivée sur la scène du meurtre du groupe de McDonald. Le sol montrait encore plusieurs traces d’une lutte acharnée. « La première indication était un bât, des courroies, un demi-baril de clous et quelques vrilles; un peu plus loin, on a vu des boîtes brisées, des allumettes et autres articles éparpillés partout et quelques pas plus loin, sur le bord du chemin, on a trouvé les restes du pauvre McDonald. Ses vêtements avaient été retirés et les loups avaient presque tout dévoré le corps ne laissant seulement que les os de la cuisse, les côtes, le dos et la tête; les deux jambes étaient coupées au genou et les deux mains étaient aussi coupées, les doigts de l’une ayant été trouvés près des restes. En examinant les vêtements qui étaient tout près, on a découvert qu’il avait été atteint sous le bras gauche et au poignet droit – le dernier coup ayant été tiré de si près qu’il a brûlé les vêtements – et aux deux jambes. Environ deux cents verges plus loin, on a trouvé le corps de Higgins dévoré par les loups; il avait aussi été tiré sous le bras et au poignet droit et aussi dans l’estomac par de la chevrotine. Il avait été traîné hors du sentier par les pieds, et sa tête, dont l’arrière était en pièces, se trouvait dans un creux entouré de cheveux, comme si elle avait été écrasée avec des haches et des mousquets. Plus loin encore, on a trouvé des chevaux morts; près d’une boîte de chandelles et d’une quantité de chandelles brisées éparpillées et près d’un petit étang près du sentier, on a trouvé le corps de McDougall, criblé de balles et horriblement mutilé. » L’Indien d’Anaheim a donné les détails de l’attaque et a décrit la bravoure, déterminée quoique vaine, du pauvre McDonald. Les sauvages avaient préparé une embuscade à un endroit sur le sentier situé un peu plus loin que la scène de l’attaque, mais McLeod et McDonald, en ayant entendu parlé, ont rebroussé chemin; alors les Indiens ont rapidement contourné le lac Nacoontloon et sont arrivés à l’arrière du convoi où ils se sont cachés derrière des rondins jusqu’à ce que les porteurs arrivent et ont alors perpétré leur attaque meurtrière. Aux premiers coups de feu, McDougall et Higgins sont morts. Grant, qui marchait avec M. McDonald, a sorti son fusil, mais il a eu des problèmes d’allumage et il a alors crié à McDonald de courir, mais ce dernier, disant qu’il voulait d’abord leur envoyer tout ce qu’il avait, a déchargé son fusil à double canon chargé de balles et de gros plomb dans la masse de sauvages qui, à ce moment, étaient sortis de leur embuscade. McDonald, qui était parfaitement calme, s’est ensuite caché derrière un arbre, et appuyant son six coups sur une branche, a commencé à descendre les vauriens rouges. Un sauvage, grand et musclé, avec qui McDonald entretenait une vieille rancune, s’est rué en hurlant et a braqué son arme, mais avant qu’il ne puisse tirer, une balle du pistolet de McDonald lui a percé le cœur. Son pistolet sans munition, McDonald a pris son fusil, mais avant qu’il puisse le charger il a été entouré par une bande de sauvages et est tombé sous une rafale de balles et de plombs. Grant, voyant son destin, s’est enfui, tirant sur ses poursuivants et recevant une balle dans un bras. La fuite de Barney [et] Johnston s’est effectuée de façon astucieuse. Il s’est enfui à toute vitesse par les buissons, poursuivis par plusieurs Indiens qui tiraient en courant. Apercevant un petit lac devant lui, Johnston s’y est dirigé et, ses poursuivants s’étant arrêtés pour recharger, il a lancé son chapeau dans l’eau et s’est caché dans les buissons. Les Indiens sont vite arrivés et voyant le chapeau flotter dans l’eau ont cru que leur victime s’était noyée et ont arrêté la poursuite. Johnston a rampé hors des buissons et a réussi à s’enfuir. Les volontaires ont trouvé les tombes de deux Indiens près du corps de McDonald et une troisième un peu plus loin. Après avoir enterré avec soin les restes des malheureux porteurs, le groupe est arrivé à Sitleece le 2 juillet par un bon sentier. Dans les mots du journal : « c’est la route à prendre pour un voyage confortable, et sans erreur ». La découverte de nouveaux « signaux indiens » a créé une certaine agitation. Le groupe les a suivis sur une certaine distance, guidé traîtreusement hors du vieux sentier par l’Indien d’Anaheim que M. Brew avait nommé comme guide, à l’encontre des conseils des hommes les plus expérimentés de son groupe. Le voyou les a menés dans un vaste marais où ils se sont enfoncés jusqu’aux cuisses dans la boue et l’eau; puis, il a dit qu’il ne connaissait pas le sentier et ils ont dû retourner au campement. Le lendemain, les membres du groupe sont repartis en reconnaissance, laissant le Chilcotin s’occuper des chevaux, mais à leur retour en soirée ils se sont rendu compte que le rusé sauvage avait déguerpi avec leurs meilleurs chevaux de bât. Deux hommes ont suivi la piste du fugitif et, après une longue poursuite, ils ont retrouvé les chevaux mais n’ont jamais revu leur ancien guide. « Voilà pour ce qui est du sentimentalisme de M. Brew envers les Indiens, lit-on dans le journal, et de ses ordres selon lesquels le voyou chilcotin ne devrait pas être traité en prisonnier! »
(à suivre)

Source: "L’expédition chilcotine, journal d’un volontaire," British Colonist, 14 octobre 1864.

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