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Mandement François de Montmorency, monseigneur de Laval, contre le luxe et la vanité des femmes dans l’église, 1682.

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FRANÇOIS, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, premier Evêque de Québec.

Si les Pères et Docteurs de l’Eglise invectivent avec tant de force contre le luxe et la vanité des filles et des femmes, lesquelles s'oubliant des promesses de leur baptême, paraissent revêtues et ornées des pompes de Satan auxquelles elles ont si solennellement renoncé, c'est pour nous faire concevoir l'extrême horreur que Dieu a d'un tel désordre, qui rend celles qui en sont coupables d'autant plus criminelles devant lui, que voulant plaire aux yeux des hommes, elles se rendent les captives et les instruments du démon, qui se sert de ce luxe pour leur faire commettre et à ceux qui les voient en cet état une infinité de péchés; c'est pourquoi Dieu déclare souvent dans les Saintes Écritures qu'il

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punira sévèrement ces filles et femmes mondaines qui font ainsi parade des marques et livrées de son ennemi; ce que les châtiments épouvantables arrivés à plusieurs sur ce sujet, et qui sont rapportés par des Pères de l'Église, n'ont que trop souvent vérifié. [...]

Que si ces vaines parures déplaisent si fort à Dieu, et s'il en prend une si rude vengeance, de quel crime ne se rendent pas coupable, et quelle punition ne doivent pas attendre celles qui portent cet appareil fastueux jusques dans nos églises, paraissant dans ces lieux consacrés à la prière et à la pénitence avec des habits indécents, faisant voir des nudités scandaleuses de bras, d'épaules et de gorges, se contentant de les couvrir de toile transparente, qui ne sert bien souvent qu'à donner plus de lustre à ces nudités, la tête découverte, ou qui n'est pas couverte que de coiffes transparentes, et les cheveux frisés d'une manière indigne d'une personne chrétienne et qui blessent la sainteté de ces lieux [...] qu'elles sembleraient s'être parées plutôt pour le bal et la comédie, que pour venir dans l'église n'ayant point de honte [...].

Mais ce qui est beaucoup plus criminel devant Dieu, c'est qu'il se trouve des filles et des femmes qui osent s'approcher des sacrements, présenter le pain-bénit, venir à l'offrande, et faire la quête dans l'église, en cet état indécent, ce qui ne va pas seulement à la profanation de nos mystères, et au mépris de nos plus saintes cérémonies, mais encore au grand scandale des fidèles, dont les uns ne peuvent voir ce dérèglement sans une

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indignation et les autres étant plus faibles sans un grand préjudice à leur salut.

Le zèle que nous devons avoir pour l'honneur de la maison de Dieu, et pour le salut du troupeau qu'il a plu à la Divine Providence de nous confier, nous oblige d'employer tout ce qui peut dépendre de nos soins et de notre autorité, pour retrancher entièrement des églises de notre diocèse un abus si pernicieux qui s'y est introduit depuis plusieurs années; et comme nous voyons que les avis qui ont été donnés jusqu'à présent là_dessus, tant en public, qu'en particulier, n'ont pas eu l'effet que nous désirons, Nous avons résolu de faire tenir la main aux ordonnances qui ont été faites sur ce sujet par les Papes, les Conciles et les Evêques, et nommément par le Grand Saint Charles Borromée, la lumière des Prélats de nos derniers temps et le restaurateur de la Discipline Chrétienne et Ecclésiastique. [...]

Source: Montmorency de Laval, François, "Mandement contre le luxe et la vanité des femmes et des filles dans l’église," Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec Têtu, H. et Gagnon, C.O. (Québec: Québec, A. Côté et cie, 1887), vol. 1, p. 106-108.

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