Aurore — Le mystère de l'enfant martyre
   
 

Le Soleil 22 avril 1920, p. 16

LA FEMME GAGNON A PASSE LA NUIT A PLEURER

Elle a passé une nuit très agitée, n’a pas fermé l’œil et a pleuré sans répit—Elle a reçu la visite de son curé

ON LA GARDE A VUE SANS CESSE

La femme Marie-Anne Houde, épouse de Télesphore Gagnon, de Lotbinière, qui a été condamnée hier soir à être pendue le 1er octobre prochain, pour expier le meurtre de la petite fillette de son mari, Aurore, a passé une nuit bien triste à la prison où on l’a transférée à la cellule de la mort, c’est-à-dire, la cellule qu’occupent les condamnés à la potence.

Depuis qu’elle a été rameéne à la prison, du Palais de Justice, après que la sentence de mort eut été prononcé contre elle hier soir, la femme n’a pas pris une bouchée de nourriture. Elle n’a pas dit un seul mot à qui que ce soit. Elle passe tout son temps à pleurer, à gémir et à se lamenter.

Elle n’a pas demandé à voir son mari et il est probable aussi que si formulait cette demande, son serait obligé de lui refuser, vu que son mari, accusé lui-même pour ce meurtre, doit subir la semaine prochaine, un procès devant les petits jurés des assises.

LA VISITE D’UN PRETRE

Elle n’a reçu aucune visite, excepté celle de son curé qui est allé pour la réconforter et lui donner les secours et le soutien de la sainte religion, dans ce moment d’angoisse suprême où la femme, après avoir été condamnée à la potence pour meurtre, attend maintenant la mort.

La visite du révérend abbé n’a pas été longue. Il a eu un entretien à voix basse avec la femme qui ne cessait, pendant toute la conversation, de sangloter et de gémir tout bas, et aussi à pleurer.

DEUX MATRONNES LA SURVEILLENT

Depuis qu’elle a été condamnée à être pendue, la femme Gagnon n’a pas été laissée seule un seul instant. Le gouverneur de la prison, monsieur J.-B. Carbonneau, a fait tout ce qu’il y avait moyen de faire pour soulager la misère affreuse où se trouve cette future mère condamnée à monter les gradins du gibet pour expier un crime que les jurés ont déclaré infamant et méritant la corde.

Deux matronnes de la prison ont été constamment aux côtés de la condamnée, cherchant de leur mieux à la consoler et à l’encourager.

La malheureuse doit recevoir, cet après-midi encore, une autre visite de son confesseur qui se tient constamment à sa disposition pour l’exhorter et l’encourager des soutiens de la religion.

Source: "La femme Gagnon a passé la nuit à pleurer," Le Soleil (Québec), avril 22, 1920.

Retour à la page principale

 
les grands mystères de l'histoire canadienne