Aurore — Le mystère de l'enfant martyre
   
 

La Presse, Montréal, vendredi 28 septembre 1984

AURORE L’ENFANT MARTYRE

Une « reprise » de conscience…

[texte coupé : nom des auteurs, de la distribution, équipe technique, voir l’article du Devoir, 28 septembre 1984]

Il y a 64 ans, un tribunal de Québec était chargé de juger une femme, Marie-Anne Houde, épouse en secondes noces de Télesphore Gagnon, un cultivateur de Fortierville. On parlait d’elle comme de la marâtre parce qu’elle avait torturé à mort Aurore, fille du premier lit de Télesphore Gagnon. Une fillette de 10 ans, soumise par la belle-mère déboussolée aux pires traitement.

Une critique de
RAYMOND BERNATCHEZ

On releva sur le corps de la suppliciée 54 blessures causées par le fouet, des coups de manche de hache, de tisonnier porté au rouge. La marâtre lui avait fait boire de l’eau de lessive et manger du savon. Son père la battait également à l’occasion et il était co-accusé dans cette affaire. Deux comédiens, Léon Petitjean et Henri Rollin, écrirent à toute vapeur une pièce de théâtre relatant ces événements.

Aurore l’enfant martyre fut jouée plus de 6 000 fois à la scène depuis les années 20. Aucune pièce n’a attiré plus de monde dans les théâtres du Québec. On en fit un film en 1951.

On la croyait morte et enterrée et voici que le Théâtre de Quat’Sous ressucite la petite Aurore. On nous la rend sous un jour différent. Sous une forme plus contemporaine. La pièce originale a été redécoupée. Sur la scène, le décor de la maison des supplices se confond avec la salle du palais de justice où se tient le procès. On assiste à quelques séances de passage à tabac dans la cuisine ou le grenier de la maison, puis nous sommes entraînés dans le prétoire pour assister à l’interrogatoire des témoins.

L’Aurore du Quat’Sous est donc une Aurore «revisited». Aurore est moins présente. Son entourage l’est davantage. La marâtre et Télesphore ne sont plus les seuls accusés. Le blâme s’étend à toute la collectivité, à tout village, le curé y compris, à tous ceux qui savaient et qui ont bien tardé à s’impliquer pour faire cesser le carnage.

Cette pièce n’est ni très bonne, ni très mauvaise. Disons qu’elle est nécessaire. Parce qu’il y avait encore officiellement 2749 enfants maltraités au Québec en 1982. Que la mise en scène soit discutable alors qu’un plaidoyer débutant en Cour se poursuit sans transition dans la cuisine; parce qu’on y va un peu fort lorsque Aurore, morte, s’agrippe au grillage du grenier pour demander au juge de pardonner ses parents, c’est une chose. Le jeu dans l’ensemble fort acceptable des comédiens, l’excellent travail de Louison Danis et d’Adèle Reinhardt, la portée du débat en est une autre.

Le Théâtre de Quat’Sous a eu raison de ressusciter Aurore; il nous rappelle qu’il y a toujours chez nous, comme ailleurs, des enfants victimes de la folie ou du sadisme de leurs aînés et qu’il vaut toujours mieux, dans ces cas-là, agir avant qu’après.

Source: Raymond Bernatchez, "Aurore l'enfant martyre," La Presse (Montréal), septembre 28, 1984.

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