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Deuxième interrogatoire d'Angélique, audience de 15:00, 3 mai 1734.

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L'an Mil Sept Cent trante quatre Le troisieme Mai trois heures de Relevée [15:00] Nous, Pierre Raimbault, Conseiller Du Roi, Lieutenant General de la Jurisdiction Royale de Montreal, Nous Etant transporté avec Notre Greffier En la chambre De la Geolle des prisons de Cette ville, avons fait ammene devant Nous par Le Geollier, La Nommé Marie Joseph Negresse de ladite veuve francheville, prisoniere, a laquelle Nous avons fait faire serment de dire verité Et procédé a Son Interrogatoire ainsi qu'il En Suit :

Interrogé de son nom, Surnom, aage, qualité et Demeure.

A Dit Se Nommer Marie Joseph, Negresse Esclave de feu Sieur francheville, qu'elle Etait au service de la demoiselle Sa veuve Lors de L'incendie.

Interpellé de Nous Dire Comment Et pourquoi

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Elle s'est determiné, avec Le nommé Thibaut, de Mettre Le feu a la maison de laditte demoiselle francheville.

A dit qu'elle n'en a Jamais Parlé a thibaut Ni a qui que Ce Soit, Ni Eu Envie de faire une pareille action.

Interrogé S'il N'est pas vrai que ledit Thibaut pour Se vanger de Ce qu'il avait Eté Mis En prisons, pour S'estre Mis En Chemin avec Elle pour la Nouvelle angleterre, Lui a Enspiré de Mettre Le feu dans le Grenier de ladite Demoiselle francheville.

A dit que Non.

Interpellé de Nous dire En quelle tems Elle a Monté au Grenier avec Du feu, Et a quel Endroit Il a Eté Mis.

A dit qu'elle n'y a point porté de feu; qu'elle n'a Monté qu'une fois Dans Le Grenier, Le Matin du jour que le feu apris, et que Sa Maitresse Etait avec

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Elle; Et qu'elle Ne scait point En quelle Endroit Le feu a pris.

Interrogé S'il n'est pas vrai qu'elle fit L'étonné Lorsqu'elle Monta dans Ledit Grenier avec Le Sieur Radisson.

A dit qu'il Est vrai qu'elle fut Étonnée devoir Le feu dans le Grenier, parce qu'il N'y avait pas Seulement de feu dans Les Cheminées de la Maison.

Interpellé de Nous dire pourquoi, Lorsque Ledit Sieur De Radisson Montait audit Grenier avec de L'eau pour Jetter sur le feu qui Était [pris] Sur les planché des Entraits, Contre La Cloison du Colombier, Elle Lui dit qu'il N'y avait point d'Échelle.

A Dit qu'elle N'en a point parlé, qu'il y avait une Escalier Et Des Échelles dans Le Grenier pour Monter aux Nids des pigeons Et que quand on Demanda une Échelle, S'etait pour Monter par Une fenestre, pour Sauver ce qui Etait dans

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La Chambre parce que l'on Disait que L'on Ne pouvait plus y Monter par L'escalier.

Interrogé Si elle ne Monta pas audit Grenier pendant L'Apres diné dudit Jour, Et Nottament Sur Les Cinq heures du Soir.

A Dit qu'elle n'y Monta point En tout que le Matin, Comme Elle Nous l'a dit.

Interrogé Si environ deux heure avant que le feu parut Elle ne dit pas a la panis du Sieur De beiray, En parlant de sa Maitresse qui Causait avec la dame Duvivier [Anne Dejordy, épouse de Louis-Hector Lefournier Duvivier], « Cette Chienne La ne Rira pas tant tantost, Car Elle ne Couchera pas Dans Sa Maison ».

A Dit qu'elle n'a point parlé de Cela a Ladite Panis, Ni a qui que se soit.

Interpellé de Nous dire Si le dit Thibaut ne l'avait pas averti que Sa Maitresse L'avait vendue.

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A Dit que Sur ce, que tems En tems ont Lui Disait, Mesme Le valet de Monsieur Le Commissaire, qu'on L'allait Envoyé aux Isles [les Antilles]; Et que pour Cela Elle avait fûit avec Ledit thibault pour Se sauver a la Nouvelle Angleterre. Que dix ou Douze Jours avant L'incendie, La demoiselle francheville Lui dit qu'elle avait Ecrit a Monsieur L'intendant pour la Vendre; qu'elle Etoit trop Maline Et Ne voullait plus se servir D'elle; qu'elle Etait toujours En querelle avec Sa Servante; qu'elle N'aimait point a Entendre Du Bruit dans Sa Maison Et qu'il y En avait toujours. Que la dessus, elle qui Repond, lui dit qu'elle ne voullait point sortir de son service, qu'elle n'avait qu'a Renvoyé sa Servante et qu'elle ferait Bien tout, Elle seul, Et qu'elle serait Contante D'elle. Que Cela fit que ladite Demoiselle francheville Dit a ladite servante d'aller S'engager quelque part par Mois, Et que lorsqu'elle

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qui Repond Ne serait plus, elle Reviendrait La servir.

Interrogé Si Sa Maitresse Ne l'a gronda pas le jour de L'incendie ce qui fit qu'elle se Retira dans Sa Cuisine en Boudant.

A Dit que Non; qu'elle n'a resta presque pas dans la Maison.

Interrogé S'il N'est pas vrai, qu'avant que le feu prit a la Maison de laditte demoiselle francheville Elle Alla pas trouvé La Panis du Sieur de beiray Sa voisine Et la Chatouiller; Et Sur Ce que ladite Panis lui dit qu'elle n'estait pas En humeur de Rire Elle S'en Retourna Chez Sa Maitresse; Et Resortit aussitost. Et si, Revenant a ladite Panis, Elle Ne lui dit pas « Tu ne veux donc pas Rire; voila Mademoiselle francheville qui Rit Bien, Mais elle ne Sera pas longtems dans Sa Maison, Elle n'y Couchera pas ».

A dit qu'il Est Bien vrai qu'elle voulu Rire

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Avec Ladite Panis a l'occasion d'une teste de poisson qu'elle lui donna au lieu de Lui donner un Morceau de Poisson Cuit qu'elle dite Panis Lui demendait.

Interrogé Si S'en Étant Retourné Chez Sa Maitresse, Elle ne fit pas Entrer dans la Maison La petite decouagne Et la fille du Sieur Desrivieres qui Etaient dehors.

A Dit qu'elle voulu Les faire Entrer parce qu'elle Jou'est dans la Rue ou Il y avait de la Boüe , Et que ladite petite de Couagne n'avait que de Mechante savattes a Ses pieds.

Interrogé Pourquoi Elle alla trois ou quatre fois dans la Rue Regardé du Costé du toit de la Maison de ladite demoiselle Francheville.

A Dit qu'elle a Eté plusieurs fois dans la Rue, Mais qu'elle Ne Regardait point du Costé du toit de la Maison N'ayant point Sujet de le faire.

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Interrogé Si Ce n'estait pas la Dureté Et Reprimende de la demoiselle de francheville qui L'engageait a la Menasser plusieurs fois de la faire Bruler, ou de L'egorger.

A Dit qu'elle ne l'a jamais Menacé de pareille Chose pour les Reprimandes que lui faisait quelque fois ladite demoiselle sa Maitresse.

Interrogé Si Elle n'a pas dit que quand Elle serait une fois dans Son pays, Si il y avait des français elle Les y feraient tous perire Et Bruler Commes des Chiens ou qu'elle Ne pourait et ce Étant faché des Mauvais traitement de sa Maitresse.

A Dit que quand Sa dite Maitresse L'a quelque fois Maltraité, Ce qui N'a pas Souvent arrivé, Elle se Metait En colere, Et Sortait de la Maison, Mais qu'elle N'a Rien dit D'aprochant de Ce que Nous lui Demendons.

Interpellé de Nous Dire Si Il y avait Longtemps que Sa Maitresse L'Avait

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Maltraité Lorsque Le feu a pris a Sa Maison.

A Dit quelle ne L'avait pas Maltraité depuis La Mort de Son Mari [il y a six mois].

Interpellé de Nous dire S'il N'est pas vrai qu'elle n'avait point dessain, En portant du feu dans le Grenier que Cela Causâ L'incendie Entière de ladite Maison, Ni Celles des autres.

A Dit qu'elle n'a point Mis Le feu.

Interpellé de Nous dire Les noms des deux hommes qui Etaient Couché avec Elle dans le Jardins de l'hopital Et y Buvaient du sirop [d'érable] Lorsque Boudard La trouva La nuit de L'incendie; Et a qui Etait La Couverte verte qu'elle avait.

A Dit que S'était Le Nommé La Ruine avec un autre homme qu'elle ne Connait point qui Burent de L'eau de vie qu'ils aporterent Et lui en fire Boire un Coup; Que voyant des Bouteilles

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de sirop aupres d'Elle, Ils en prirent d'une Bouteille et En Mellerent avec de L'eau de vie; qu'ayant fait leurs lits aupres D'elle, Elle S'eloigna D'Eux Et que la Couverte verte qu'elle avait pris pour S'enveloper, parce que Ses Jupes Etaits toute Crotté, Etait de L'hopital.

Interrogé Pourquoi, Lorsque les Religieuses voulurent La faire Coucher dans leur Chambre, lorsque Budard La fait Sortir d'avec Les deux hommes Elle n'y Resta qu'un moment Et Sortit Sans Rien dire.

A Dit qu'elle n'entra point dans la Chambre ou Etaient Lesdites Religieuses; qu'elle se Coucha Sur une paillasse qui Etait a la porte.

Interrogé Si Elle ne S'est pas Broüillé avec Marie, qui Etait Servente chez Ladite demoiselle francheville, a Cause qu'elle L'enpechait de Boire de L'eau de vie; Et que C'est pour Ce Sujet qu'elle a fait En sorte

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qu'elle soit Sorti de Chez Sa maitresse.

A Dit que Non; qu'elle n'en a Bue que quand Le Commissaire Lui en Donnait Quelque fois un Coup Le Matin comme a ladite servente.

Interrogé S'il n'est pas vrai qu'elle ait volé a Sa Maitresse trois peaux de Chevreüil Et plusieurs autre Chose Lorsqu'elle S'en alla avec Ledit thibault.

A Dit que ni Elle, ni ledit thibault non Rien volé.

Interrogé Si quelque jours auparavant L'incendie, elle n'a pas veu Et parla plusieurs fois audit thibault, mesme pendant la Nuit Et le Landemain du feu, Et le jour qu'elle a Eté Mise En prisons Et le jour qu'il Est Revenu Reprandre ses hardes qui y Etaient encore Resté.

A Dit qu'elle ne lui a parlé que Deux fois avant L'incendie, quand Il alla pour tirer son Compte avec Ladite francheville, Et le jour de L'incendie qu'il aida a sauver; Et qu'elle Le vit qui ne fit que Entrer et Sorti [des jardins de l'hôpital] environ une demie heure

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avant qu'elle ait Été prise.

Interrogé S'il n'est pas vrai qu'elle a dit le jour de L'incendie a la veuve Rouleau qu'elle ne demeurerait pas longtems chez La veuve francheville.

A Dit qu'elle ne lui a pas dit des Choses de mesmes.

Interrogé Si, Sur Ce que un homme Lui Disait que Si Elle ne prenait Garde a Elle Ladite francheville La vendrait elle Ne lui Repondit pas : « La Diable de putin, Si Elle me vend, Elle S'en repentira »; Et Sur ce qu'il lui Demenda Ce qu'elle ferait, Elle Repondit : « Nous ne Disons pas ce que Nous avons Envie de faire ».

A Dit qu'elle n'a Rien dit de Cela.

Interrogé si elle n'a pas dit a un autre que si Sa maitresse la vendait, Elle s'en Repentirait; qu'elle la ferait Brulé.

A Dit qu'elle n'a jamais Parlé de Cela, ni Eu le dessain.

Lecture a Elle fait du presant Interrogatoire

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a Dit que ses Reponces Contienne verité y â persisté Et a declaré ne scavoir signé de Ce Interpellé, Et a Eté Remise En Mains du Geollier, pour Etre Remise dans sa prison.

[signé]P. Raimbault

[signé]C.Porlier
greffier

Source: Archives nationales du Québec, Centre de Montréal, Procedure Criminel contre Marie Joseph Angélique negresse — Incendiere, 1734, TL4 S1, 4136, Juridiction royale de Montréal, Deuxième interrogatoire d'Angélique, 3 mai 1734, 1-13.

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