LE BIDDULPH D’AUTREFOIS.

Compte rendu de trente-cinq années
par William Donnelly.
LES ATROCITÉS ET LES VIOLENCES NE SONT PAS
IMPUTABLES AUX DONNELLY.

Le compte rendu suivant des atrocités qui auraient été perpétrées dans le canton de Biddulph, aux environs de la tragédie de Biddulph, apparaît sous forme de lettre dans un journal de l’ouest.

MONSIEUR.- Je m’efforcerai ici de vous donner un court compte rendu des crimes qui ont été commis à Biddulph et dans ses environs depuis les trente-cinq dernières années, dont aucun ne peut être imputé aux Donnelly.

Il y a environ trente-cinq ans, toutes les fermes autour de Sauble Hill étaient occupées par des gens de couleur. Quelques-uns de ceux qui se disent aujourd’hui d’honnêtes gens de Lucan vivaient à cette époque à proximité de Sauble Hill, et impatients d’arracher les terres des mains des pauvres Africains, étaient prêts à utiliser tous les moyens pour arriver à leurs fins. Ils établirent un plan en conséquence et au milieu de la nuit, et en plein hiver, ces pauvres gens de couleur, aux cœurs honnêtes, furent jetés hors de leur maison, de leur foyer. Cela s’est passé à environ un mile de Lucan, et il faut dire à leur honneur que la grande majorité de ceux qui ont été arrêtés pour cela sont aujourd’hui les arrivistes de Lucan. Une chose est sûre, aucun membre de notre famille n’était né à cette époque, sauf mon père et ma mère, et on ne leur a jamais imputé ce crime.

Il y a environ vingt ans vécut sur la Cedar Swamp Line un homme du nom de Dunigan. Il s’était brouillé avec certains de ses voisins au sujet d’un chêne qui avait été volé de sa ferme. Dunigan et ses voisins se rencontrèrent à une corvée où le whiskey coulait à flots, et qu’arriva-t-il? Neuf ou dix hommes déshabillèrent le pauvre Dunigan et apposèrent ensuite des fers rouges partout sur son corps, lui rôtissant la chair sur les os. Ils l’ont ensuite mis derrière ce qui était appelé la bûche arrière du foyer, ensuite de quoi ils l’ont sorti et jeté dans un trou de boue, l’un d’eux le frappait avec une masse qui sert à séparer les rails et a fait remarquer :- « Qu’est-ce que tu as à dire à propos du chêne maintenant, Dunigan? » Ils allaient ensuite lui couper les oreilles mais en furent empêchés par une femme qui a risqué sa vie pour sauver l’homme de quelque nouvelle torture. Le lendemain le père Crinnan (qui est maintenant l’évêque de Hamilton) est venu voir Dunigan, et quand le prêtre l’a retourné dans son lit la peau a littéralement tombé de ses os. Le bon prêtre, horrifié par cette vision, a levé les yeux aux cieux et a dit qu’il avait bien peur que la main de Dieu ne s’abatte sur Biddulph. Toute l’affaire a été étouffée pour une poignée de dollars. Dunigan était un homme solitaire parmi un groupe de sauvages, sans doute apeuré de les envoyer au pénitencier pour leurs actes. Les Donnelly n’en ont pas été accusés. Le père Crinnan a ensuite dit qu’il voulait qu’ils viennent demander pardon à Dieu en présence de toute la congrégation. Mais combien sont venus? Aucun, sinon un qui avait été témoin du crime perpétré. Il a demandé à Dieu de le pardonner pour avoir été en telle compagnie. Depuis ce jour il a prospéré et vit dans l’aisance aujourd’hui, alors que les autres sont soient pauvres ou ivrognes. Et maintenant, cher monsieur, dois-je me soucier de ces hommes—dont certains vivent encore à Biddulph—qui sont venus au beau milieu de la nuit extirper les membres de ma famille de leur sommeil paisible et les assassinant, puis les réduisant en cendres?

Il y a environ vingt-cinq ans, un Anglais est venu s’installer sur un lot de la Canada Company tout près de Biddulph, où il construisit une maison. Un gentleman, qui aujourd'hui utilise plus les trottoirs de Lucan qu’il n’y paie de taxes, convoitait cette ferme, et prit avec lui une bande d’habitants de Biddulph et jeta un grand nombre d’arbres sur la maison, la réduisant en miettes et effrayant le pauvre étranger au point qu’il s’enfuit pour sauver sa vie. Ce noble défricheur érigea ensuite une cabane sur la ferme et y demeura pour de nombreuses années, jusqu’à ce que la Canada Company le jette à la rue, lui et ses meubles, qui se réduisaient à une table et un attelage à bœuf. Les Donnelly n’en ont pas été accusés.

Il y a vingt-trois ans, un homme du nom de Brinigan, des environs de St. Thomas, acheta une ferme à Usborne, canton adjacent à Biddulph. Un gentleman qui vit présentement à Biddulph, et est aussi un magistrat pour le Comité de vigilance, et qui s’est fait remarquer dans la poursuite judiciaire entre mon père et Ryder lors de l’incendie des granges, était le voisin immédiat de Brinigan. Brinigan a organisé une corvée, et quelqu’un insulta ce juge de paix nouvellement arrivé, après quoi il jura qu’il se vengerait de Brinigan. Peu après, ce pauvre honnête homme déménageait ses effets à sa nouvelle ferme, mais rencontra un homme sur la Roman Line et fut tué. Un ami du meurtrier trouva Brinigan mort, et tira son corps jusqu’en travers de la route dans le but de faire croire aux gens qu’il était tombé de son chargement et s’était tué. Le meurtrier et l’homme qui a fait cela ont tous deux été arrêtés. L’un s’est évadé de prison et est parti aux États-Unis, où il est demeuré jusqu’à ce que l’agitation se dissipe. L’autre a subi son procès et, bien sûr, a été innocenté, les Clés du Paradis ayant été réduites en pièces dans les bouches des habitants de la Roman Line. Les Donnelly n’ont pas été accusés de ce crime impardonnable.

Environ à cette époque, la construction du Grand Tronc avait été confiée à des entrepreneurs. Il y avait un gros contrat de tranchée sur une ferme appartenant à un homme de la Roman Line. Cet homme avait huit fils, qui étaient réputés pour être déloyaux et malfaisants, et ils ont immédiatement défié quiconque d’entreprendre l’excavation de la tranchée sur leur ferme, voulant faire le travail eux-mêmes au prix qu’ils auraient eux-mêmes fixé. Cependant, Andrew Keefe, qui est un homme de bonne et respectable réputation dans votre ville, a accepté le contrat, et a commencé à travailler. À ce moment, M. Keefe avait un hôtel au coin de l’église catholique, et gardait ses chevaux dans son écurie la nuit, et offrait aussi un gîte aux voyageurs, mais le mois suivant, en juillet 1857, l’écurie de M. Keefe, qui contenait sept chevaux de travail et un étalon de grande valeur, a été incendiée au milieu de la nuit et tout a été consumé. On a aussi mis le feu à son hôtel, mais l’incendie a été découvert à temps pour être éteint. Je dois ici souligner qu’il y avait deux barils de poudre explosive dans l’hôtel, qui, assurément, auraient eu l’effet désiré si le feu n’avait été éteint. Les Donnelly ont-ils été arrêtés pour cela? Non; mais neuf ou dix personnes l’ont été, y compris les Ryder et les Toohay, mais comme d’habitude ils ont été innocentés.

Il y a vingt ans, un homme du nom de William Cohalan, vivant sur la 11e con., Biddulph, s’était disputé avec son voisin immédiat, Mike Cain, mieux connu sous le nom de « But ». Cain a soudain attaqué Cohalan, et ce jusqu’à ce que le fils de Cain arrive, puis a tué le pauvre Cohalan avec un bout de planche. Le jeune Cain a réussi à s’échapper. Le vieil homme a subi un procès, mais, bien sûr, a été innocenté. En 1860, un homme étrange, du nom de Mitchell, est arrivé sur la Roman Line avec une moissonneuse, mais cela ne faisait pas l’affaire des habitants et ils sont venus pendant la nuit réduire sa machine en pièces. Les Donnelly n’en ont pas été accusés.

À l’automne 1867, la grange de mon père était remplie de grain non battu, mais aux environs de trois heures du matin nous avons été réveillés par la grange en flammes. Qui a fait ça?

Pendant la moisson de 1868, le vieux M. Toohey, habitant la Roman Line, avait des problèmes avec ses fils et ils ne voulaient pas faire la récolte ni laisser personne d’autre la faire. Environ la moitié de la récolte a pourri. Son fils Pat, qui était un homme marié, a fini par se prendre de l’aide pour sauver le reste de la récolte; mais quand il s’est levé quelques matins plus tard, il a trouvé ses pommiers cassés et une de ses bonnes juments, la queue et les oreilles en moins. Ce fut le premier cas de mutilation de cheval à Biddulph, et M. Toohey n’en a pas soupçonné les Donnelly.

L’automne de la même année, un homme du nom de Thomas Hodgins est déménagé sur la Roman Line avec une moissonneuse, mais cela ne faisait pas l’affaire des citoyens honnêtes qui, pendant la nuit, sont allés mutiler ses chevaux d’une manière honteuse. M. Hodgins n’en a pas accusé les Donnelly.

À peu près à la même époque, Alex. Armitage vivait dans ce village de Lucan dont tout le monde avait entendu parler. C’était le trésorier du canton, et alors qu’il revenait de l’église un dimanche, il découvrit que quelqu’un était entré dans sa maison et avait volé tout l’argent des habitants de Biddulph jusqu’au dernier dollar. Ce n’est pas les Donnelly qui ont fait ça, mais comme pour le porc de M. Parson, l’affaire a été étouffée.

Au cours de l’année 1870, les granges de M. T. Morgan ont été brûlées sur la Sauble Line. L’homme qui y a mis le feu a été vu s’enfuyant, mais personne n’a jamais été puni.

Au cours de l’hiver 1875, mon frère et J. Watson avaient une diligence en partenariat. Ils avaient loué l’écurie de M. Collins à Lucan, mais une nuit quelqu’un a mis le feu à l’écurie et un des chevaux a brûlé dans les flammes. Le printemps suivant, notre nouvelle diligence a été incendiée et a brûlé à la Montgomery House, dans le canton de London. Les deux hommes qui ont fait ça étaient venus de Lucan. Nous avons par la suite fait construire une nouvelle diligence, mais le 4 juillet suivant, l’hôtel et les écuries de Fitzhenry de Lucan ont été incendiées et réduites en cendres, avec notre nouvelle diligence qui était dans l’écurie. Les Donnelly n’ont pas fait ça.

L’automne de la même année, M. Roycraft, qui habite la 11e concession de Biddulph, a perdu tous ses bâtiments et ses récoltes dans un incendie criminel. M. Roycraft n’a pas accusé les Donnelly d’avoir fait ça. Maintenant, cher Monsieur, je voudrais passer au 4 février dernier, lorsque votre envoyé spécial a laissé entendre que les auteurs de tous les maux ont été balayés de cette terre et que la paix et la tranquillité sont revenues après des années d’agitation; mais, cher Monsieur, qui a commis tous ces crimes ci-dessus mentionnés qui n’ont pas d’égal dans l’histoire du Canada, et qui a commis les crimes qui ont été perpétrés depuis le mémorable 4 février.

Environ un mois après cette date, l’entrepôt à céréales de M. Carter à Granton a été incendié et brûlé, avec tout ce qu’il contenait, et quelques nuits plus tard, la grange de M. Timothy Collinson et son contenu ont été réduits en cendres. M Collinson a toujours été un bon ami de la famille et il est sûr que les os calcinés de mon père ne se sont pas traînés hors du cimetière pour aller détruire sa propriété.

Comme cet historique de la criminalité se compose de faits qui ne peuvent être contredits, je suis sûr que vous lui trouverez une place dans votre précieux journal et montrerez au monde extérieur que les habitants de Biddulph (autres que les Donnelly) versent sérieusement et depuis longtemps dans la criminalité. J’espère aussi que vous pardonnerez ma grammaire et mon orthographe. Je n’ai pas de grands mots à vous offrir, mais j’utiliserai mon propre nom et défierai toute contradiction. En faisant cela, vous seriez bien aimables envers
Votre humble serviteur,
WILLIAM DONNELLY

Source: William Donnelly, "Biddulph In Days Gone By — A Record of Thirty-Five Years Prepared by William Donnelly," Globe, septembre 10, 1880.

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